Pochette de l'album du groupe Dun

Fallait être cinglés pour composer et jouer en live une musique que seuls les frappadingues peuvent apprécier… On était sans doute cinglés !

Des débuts aux Beaux-Arts

Après mes études aux Beaux-Arts et à l’école nationale des Arts Décoratifs de Paris, je suis embauché par l’agence Publicis pour réaliser des illustrations d’immeubles en constructions (élévations). Je gagnais alors très bien ma vie mais j’ai tout laissé tomber pour me consacrer à la musique.

Peu d’argent, mais des rêves…

Quand je suis arrivé à Nantes en 1976, j’avais l’intention de monter une formation avec des musiciens Nantais dont j’avais entendu parler alors que j’étais encore étudiant à Paris.
J’avais déjà écris un certain nombre de compositions dont deux seront jouées par DÜN.
Je me suis installé à Cordemais, à 30 km de Nantes, dans une ferme située au lieu dit L’Audiais, dans laquelle nous avons souvent répété. (un jour, Pascal est même venu de Nantes en mini vélo pour répéter, il n’y avait que Bruno qui avait son permis de conduire). Adossée à une petite colline, cette ferme était en hiver fréquemment inondée par des sources et il est arrivé que je me levasse parfois le matin les pieds dans l’eau… que du bonheur ! Et au printemps dans le pré, il poussait de drôles de champignons…
Les conditions de vie y étaient indignes, pas d’argent, quelques cours de musique, juste de quoi survivre. Les agriculteurs qui vivaient dans la ferme à coté avaient pitié de moi et me laissait quelquefois des rutabagas devant la porte avec un petit coup de jaja infecte mais on ne boude pas son plaisir.
J’avais régulièrement faim et froid, mais je ne me considérais pas comme une victime ; juste un musicien qui avait choisi d’aller au bout de ses rêves. Pour chauffer la baraque, le seul chauffage tenait dans un vieux poêle à mazout qui fonctionnait capricieusement.

Naissance du groupe DÜN

Le groupe DUN en concert
Le groupe DUN en concert

Après la vie Parisienne sans compter, c’était la vie d’artiste frugale mais ô combien riche d’événements, de rencontres, de pratique musicale, ouverte à tout. Nous avions une foi sans borne et une croyance sans faille dans nos projets artistiques.
A mon arrivée à Nantes, j’ai commencé à répéter mes compos avec des musiciens du coin mais la mayonnaise ne prenait pas. Nous n’étions pas sur la même ligne esthétique jusqu’à ce que je rencontre Pascal Vandenbulcke avec qui nous avons commencé par faire le bœuf, rue Kervégan près de la place du Commerce.
Très intéressé par son style de jeu et ses compositions, je lui ai fait part de mon intention de monter une formation autour de nos compositions. Ce groupe prendrait le nom de Dune.
Il a trouvé le projet séduisant et dans la foulée, nous avons contacté Thierry Tranchant et Laurent Bertaud. Après quelques répétitions sur nos compos, j’ai proposé à Pascal d’ajouter un pianiste au groupe et nous sommes allés rencontrer Bruno Sabathé chez lui aux Sorinières. Enthousiasmé, il a aussitôt intégré le groupe.
Ainsi, je n’ai pas « remplacé » F. Teillard dans le Groupe Kan-Daar comme certains l’ont laissé croire, mais fondé avec Pascal, sur notre initiative, le groupe DÜN. Dans mes cartons de dessinateur, j’avais l’esquisse de la pochette du disque et par la suite j’ai dessiné l’affiche du groupe.

Les membres du groupe DÜN

L’ambiance torturée des années 70/80

Pour les jeunes musiciens d’aujourd’hui, cela peut paraître incongru mais en 1975, il n’y avait pas de d’ordinateur et donc pas de Musique Assistée par Ordinateur ce qui veut dire qu’on écrivait tout sur papier sans connaître le résultat final, sans savoir si cela allait « sonner ou pas » comme les anciens en somme.
Aujourd’hui je regarde cette période avec tendresse. On n’est pas le même musicien à vingt ans qu’à soixante, mais je ne renie rien, ne regrette absolument rien. Quand je relis les partitions, (voir Eros Erosion) je constate qu’il y a dans cette écriture torturée quelque chose de l’ambiance culturelle des années 70/80. Comme beaucoup de musiciens de la planète Terre à cette période, on essayait des choses, on se permettait des choses, ce qui débouche à un moment donné sur une réelle créativité.

Le musique de DÜN raconte une histoire, elle pourrait être une musique de film. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque la guerre du Vietnam et ses horreurs a inspiré nombre de musiciens dans le monde. Rien dans nos créations n’était orienté vers le commerce. A cette époque je découvre stupéfait les premiers albums de Weather report ; la claque évidement et je tente d’en faire profiter la musique de DÜN. Christian Mellier remplace Thierry à la basse et Christian Dupont remplace Alain au saxophone ténor. On entend très nettement dans le jeu de Christian Mellier l’influence de Jaco Pastorius ainsi que dans l’utilisation par Bruno du fameux synthé Moog qu’utilisait alors Jo Zavinul.Pochette de l'album du groupe Dun

Je commence à composer autrement.  Les titres comme « Parties centrales » et « Valses » sont de cette période (écoutez sur le site les premiers enregistrements live dans concert DÜN Pont de Cé du 12/6/1981 dans lesquels l’influence de Weather report est évidente mais pas que…) J’ai récupéré cet enregistrement sur une cassette alors soyez indulgent avec la qualité du son…
Certaines de ces compositions ont été jouées au concert que j’ai donné à Berklee en 1985 avec le Névrose spiritual band (à écouter, des extraits sur le site) et enfin l’enregistrement numérique de « Parties centrales ». Je prends alors conscience que aucun de nous n’est prêt artistiquement pour aller dans la direction du jazz rock naissant.

Période de perfectionnement en écriture et arrangement à Berklee

Mes connaissances en jazz étaient vraiment insuffisantes. C’est de là qu’est venue l’idée d’aller à Berklee pour me perfectionner en écriture et en arrangement. Une anecdote à propos de Wheather report ; Joe Zavinul meurt le 11 septembre 2007 et Luciano Pavaroti le 6 septembre de cette même année. Ce dernier eut droit à des tonnes d’éloges notamment dans le journal Le Monde, mais presque rien pour Jo. Le premier avait certes une voix exceptionnelle mais qu’a t-il donc crée au regard de l’immense apport de Jo Zavinul ?
Encore un détail : J’invite tous les profs et étudiants, qui généralement ignorent tout ou presque de Wheather Report, à jouer le répertoire de ce groupe, dans l’esprit et inclus le jeu improvisé. Je veux dire par là que le matériel moderne et innovant que nous ont laissé ces musiciens sera un jour incontournable à l’étude dans les conservatoires, mais pour cela il faudrait qu’ils se débarrassent de leur « conservatisme » et qu’une volonté politique et culturelle audacieuse se mette en place, on peut rêver…

40 ans plus tard : disparition du jazz ?

Nous sommes aujourd’hui en 2018, soit 40 ans plus tard. Certains des musiciens du groupe DÜN sont encore en activité. Nous allons cette année fêter cet anniversaire en ayant tous conscience que nous avons été à cette période acteurs d’un projet sans doute déroutant mais certainement innovant!
Dans le climat culturel actuel, presque plus aucun artiste n’imagine se lancer dans ce genre de projet. On peut le regretter mais chacun le sait, sans pognon, et sans volonté de la part des producteurs et des médias, le jazz et ce qui tourne autour aura tôt fait de disparaître, faute d’exposition et surtout de combattants.

Humble hommage à didier Lokwood

Hier, le 18 février est mort Didier Lokwood à 62 ans, crise cardiaque, le plus grand violoniste de jazz au monde. Il avait joué quelques temps avec le groupe Magma dont la musique est du même courant que celle de DÜN.

Texte de presse officiel du groupe DÜN

En 1976, dans l’Ouest de la France à NANTES, se forme le groupe VEGETALINE BOUFIOL autour du guitariste François Teillard. En 1978, suite à des changements de musiciens, la formation décide de changer de nom, pour s’appeler DUNE, nom qui évolue très vite pour devenir définitivement DÜN.
Cette formation stabilisée donne environ 40 concerts, tous dans la région de NANTES, entre 1978 et 1981.
En 1981, le groupe décide qu’il est temps d’enregistrer un album. L’enregistrement est totalement autofinancé par le groupe ainsi que le pressage de l’album, sans qu’ait été recherchée une éventuelle maison de disques. L’enregistrement se passe dans d’excellentes conditions et le disque « EROS » est tiré à 1000 exemplaires.
En 1982, le personnel de DÜN change à nouveau. La couleur musicale devient différente, beaucoup plus proche du jazz que le groupe précédent, et consacre une large part à l’improvisation alors que précédemment la musique était très écrite. Cette formation dure environ une année et donne quelques concerts avant de se séparer début 1983.

Source : Soleil Zeuhl

 

Si le second morceau, « Arrakis », est une indication, nous avons une bonne idée d’où le groupe tire son nom. Le piano de ce titre presque Zeuhl se mêle à une flûte mélodique, le calme qui se termine dans une jam accélérée et menaçante d’une intensité digne d’un orateur et d’une grande complexité, un hommage approprié à un des mondes de fiction les plus connus. DÜN est composé d’un guitariste Jean GEERAERTS, un joueur de claviers Bruno SABATHE, un batteur Laurent BERTAUD, un maître flûtiste Pascal VANDENBULCKE (qui joua de la fusion dans un quartet avec Jean-Luc CHEVALIER), le bassiste Thierry TRANCHANT et le percussionniste Alain TERMOL.

Source : Mike Mc Latchey, EXPOSE MAGAZINE n° 17, mai 1999